Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08/01/2015

Rebondir

En 1983, Reiser est mort. D'un cancer. Une injustice, dira-t-on, mais la maladie est-elle juste?
Et dans la foulée, toute l'équipe de Hara Kiri s'est réunie pour sortir un hors série, complètement foutraque, totalement bête et méchant.

Reiser1.jpg

Et dans ce numéro, une photo. Capitale. Je n'ai pas pu la scanner intégralement, du fait du format de la revue, mais la voici (cliquez dessus pour agrandir):

Reiser2.jpg

Hier, des tas de gens sont mort, dont des membres de l'équipe de Charlie Hebdo, le successeur d'Hara Kiri. Pas du cancer, ou plutôt d'une autre forme de cancer qu'on peut cette fois-ci taxer d'injustice.
J'espère que les survivants auront le courage de continuer, j'espère qu'ils auront le panache de refaire une photo de ce genre, qui serait l'ultime pied de nez à faire aux meurtriers de leurs amis.

 

24/12/2014

Nonzee Nimibutr - Pirates de Langkasuka

Queens.jpgTiens, c'est la vacances, j'ai envie de réveiller ce blog, avec un film de fantasy venu de Thaïlande. Difficile de faire plus improbable, et pourtant... Même si on s'attendrait à un navet asiatique plein de kung fu, il faut bien avouer que ce Pirates de Langkasuka (en fait Les Reines de Langkasuka) est une réussite dans son genre. Quel genre? Je n'en sais rien. Film de pirate, de kung fu, d'action basique, de fantasy, d'aventures, tout cela à la fois. 

Nous sommes au XVIe siècle. Le sud de la Thaïlande et la Malaisie forment une zone à la croisée des civilisations. Si le secteur est encore hindouiste, l'Islam frappe à la porte, les commerçants chinois sont fréquents, et les aventuriers hollandais tâchent de développer les activités de la Compagnie des Indes. Langkasuka est un petit royaume maritime, dirigé par une reine, et perpétuellement l'objet d'attaques de pirates dû à un certain Rawai, secondé par un sorcier nommé le Corbeau Noir. Ce sorcier est adepte d'une magie qui permet de contrôler les forces de la mer. 

the_queen_of_langkasuka.jpg

La reine de Langkasuka obtient d'un Hollandais deux puissants canons qui doivent rendre sa citadelle imprenable, mais le navire de celui-ci est coulé, et seul survit l'assistant chinois du Hollandais, véritable Léonard de Vinci asiatique. Celui-ci s'installe dans un petit village côtier, et s'y amuse durant des années à travailler à diverses inventions, telles qu'une sorte de deltaplane ou des palmes de plongée.

lunggasuka-01.jpg

Mais voilà que l'activité des pirates reprend. Aussi le Chinois emmène-t-il son neveu auprès d'un ermite, maître de la magie de la mer, pour que celui-ci en fasse son disciple.

Langkasuka 6.jpg

Quelques années plus tard, la situation n'a que guère changé. Le Chinois et son neveu participe à une sorte de guérilla contre les pirates, mais le village finit massacré par ceux-ci. L'heure de la vengeance a sonné.

Langkasuka 7.jpg

Vous l'aurez compris, ce film n'est pas un fleuron de psychologie. Mais son intérêt se place ailleurs. C'est un film de pure détente, qui, durant deux heures, produit efficacement son lot d'aventures et de dépaysement. Le cadre et l'époque, déjà, sont pour nous, Occidentaux blasés, originaux. Mais surtout, ce film se place dans la lignée des anciens péplums hollywoodiens ou italiens des années 50/60. L'image est superbe, très colorée – quand les homologues américains actuels de ce genre de films sont grisâtres. On en prend plein la vue.
Alors oui, c'est plein de défaut. C'est une évidence: ce film n'a pas le budget d'une production hollywoodienne, et cela se ressent parfois dans les effets numériques. Le propos est souvent naïf, et un brin manichéen, même si un personnage, le maître magicien, se révèle très intéressant.

Langkasuka 2.jpg 

Mais peu importe: comme je l'ai dit, c'est là le strict équivalent des anciens péplums. Vous avez aimé le Colosse de Rhode de Sergio Leone ou même, soyons fou, Jason et les Argonautes de Don Chaffey, vous avez de bonnes chances d'aimer ce Pirates de Langkasuka.

09/01/2014

Robert C. Wilson - La Cabane de l'aiguilleur

Mysterium.jpgParmi les choses notables ayant subi ma frénésie de lectures de vacances, il y eut le gros omnibus Mysterium, de Robert Charles Wilson, paru chez Denoël "Lunes d'Encre". Mais comme je ne me sens pas de taille à tout critiquer d'un coup, autant y aller roman par roman, en finissant par les nouvelles. Et donc, d'abord, La Cabane de l'aiguilleur, premier roman de l'auteur, datant de 1986. Nous sommes pendant la grande dépression, qui frappa les USA durant les années 1930. Travis Fisher est le fils d'une prostituée. Sa mère étant décédée, il est contraint de se réfugier chez sa tante et son mari, une baptiste rigoriste. Le mari, lui, dirige une fabrique de glace qui bat de l'aile, tout en entretenant chez lui une étrange maîtresse, une jeune femme à la beauté sans pareille, mais sur laquelle il est difficile d'apprendre quoi que ce soit. Isolé dans un milieu réactionnaire qui l'étouffe, Travis a pour unique soutien Nancy Wilcox, une jeune femme libre penseuse, qui croît en l'amour libre.

A des kilomètres de là, L'Os est un clochard parmi tant d'autres. Son aspect étrange, noueux, aux muscles placés là où nul humain n'en aurait, n'a qu'un seul but: rejoindre la source d'un appel, auquel il ne peut se soustraire, une source qui n'est autre qu'Anna, la mystérieuse hôte de l'oncle de Travis.

Il paraît donc que c'est un premier roman. On ne le croirait pas, tant, d'un point de vue structurel, ce récit ne souffre guère de défauts. On sent que Wilson s'est d'abord fait la main sur des nouvelles, et de fait, cette Cabane de l'aiguilleur en a souvent la saveur: on a plus l'impression d'une longue novella que de ces romans fleuves à multiples fils narrateurs que l'on produit actuellement. Et c'est tant mieux! Sobre, La Cabane... en est diablement efficace pour décrire les effets de la crise de 1929 que la vie au sein d'une petite ville baptiste, où la religion tient lieu de seul et unique mode de vie convenable. Un mode de vie qui ne propose que deux voies aux gens: s'y plier, ou s'enfuir. Ce fond culturel, finalement, est bien plus intéressant que l'énigme que nous propose Wilson, même si ici il esquisse des thèmes qui reviendront régulièrement dans son oeuvre, comme la communication avec d'autres univers, totalement étrangers. L'auteur nous offre un portrait saisissant d'une société qu'il aime visiblement explorer: l'Amérique profonde (et pas seulement les USA), dont il reparlera dans Mysterium et dans Julian, une Amérique religieuse, façonnée en profondeur par des interprétations rigoristes de l'Ancien Testament.

La Cabane de l'aiguilleur est pour le coup un excellent roman, immersif et passionnant.