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14/05/2016

Les années 70 et la musique électronique. Une playlist

Cela fait des années que j'écoute de la musique électronique plus ou moins expérimentale, sans être vraiment intéressé par tout ce qui fait danser. Cela a commencé par la découvert, à 15 ans, du fondamental Rubycon, de Tangerine Dream. Et ça n'a jamais cessé. 

Mais il m'a fallu du temps pour bien saisir que mes préférences allaient systématiquement vers des choses composées essentiellement entre 1971 et 1983, vers des groupes et musiciens qui ont bien souvent été associés à la musique progressive ou au Krautrock, sans pour autant en être nécessairement. Bien sûr, la musique électronique n'est pas née durant ces années. Il y a eu auparavant plein d'expérimentations, notamment en France, de la part de musiciens venus pour l'essentiel de la musique classique ou contemporaine.

Mais à ces expérimentations plutôt froides et cérébrales, de nombreux groupes ou compositeurs vont ajouter quelque chose de fondamental: une âme, ou plutôt des émotions, ce qui n'était pas gagné du tout avec des synthétiseurs qui étaient alors tout sauf maniables. On va donc avoir durant une dizaine d'année une véritable déferlante d'expérimentations, d'improvisations, de créations, qui va marquer durablement la musique contemporaine, qu'elle soit élitiste ou populaires.

Je voudrais avec cette note présenter ces quelques préférences, en insistant particulièrement sur les choses qui maintenant sont méconnues, mais sans négliger les têtes d'affiches. Voici un bref tour du monde par pays.

 

NB: cette note sera régulièrement mise à jour.

 

Allemagne

C'est en Allemagne que se trouve le gros des troupes. À Berlin, principalement. Avec des musiciens qui se sont tous connus, ont régulièrement collaboré, formé des groupes ou bien oeuvré en solo.

J'ai cité Tangerine Dream, commençons donc par eux, avec trois albums indispensables:

Des classiques, évidemment. La suite de Tangerine Dream ne sera hélas qu'une longue dégradation, notamment après le départ de Peter Baumann, qui semble avoir été le principal expérimentateur du groupe à cette époque. C'est sensible lorsqu'on écoute son album solo de 1976:

Mais Edgar Froese, considéré comme le leader du groupe, n'est pas en reste:

Autre pilier du mouvement, Klaus Schulze, qui fut d'ailleurs un temps membre de Tangerine Dream:

Schulze a aussi fait un temps parti d'Ash Ra Tempel, groupe mené par le guitariste Manuel Göttsching:

La discographie réunie de Tangerine Dream, Klaus Schulze et Ash Ra Tempel est déjà en soit colossale. Mais ces musiciens n'ont jamais cessé d'improviser durant toutes les années 1970. Pour Tangerine Dream, cela a donné une série monstrueuse d'enregistrements en concert, des bootlegs élaborés partout dans le monde et dont beaucoup ont été rassemblés dans le formidable volume 1 des Bootleg Box. Schulze et Göttsching, eux, ont publié sur le tard leurs Privates Tapes. Des heures et des heures d'improvisations en studio.

Cette créativité débordante a permis à un producteur d'alors de rassembler divers musiciens, dont là encore Schulze et Göttsching, pour créer un "super-groupe", les Cosmic Jokers, qui ont commis quatre albums bizarres, étonnants, et réellement intéressants:

À côté de cela, il faut compter sur quelques électrons libres d'excellente tenue, à savoir les Galactic Explorers:

et Baumann / Koek:

En Allemagne de l'Est, le compositeur Reinhard Lakomy a produit sur le tard, au début des années 1980, quatre albums de musique électronique, dont les premiers sont vraiment intéressants:

 

URSS

 

Il faut dire que les Pays de l'Est n'ont jamais été à la traîne, pour ce qui concerne la musique électronique. Divers compositeurs contemporains s'y sont frottés, ce qui a donné deux disques autour de l'ANS:

Mais d'une manière générale, ces compositions n'ont pas toujours été enregistrées de façon correcte. Et rarement au moment de leur composition. Les compilations offertes par le label Melodiya sont remarquables, mais chaotiques. Les musiciens (comme finalement les écrivains) soviétiques pouvaient attendre des années avant de voir leur travail gravé sur vinyle. C'est ainsi qu'une bonne partie de l'oeuvre électronique d'Edward Artemyev n'a été révélée que dans les années 1980, alors que leur composition pouvait être bien plus ancienne. C'est le cas par exemple de ce qu'il a produit pour le film Lunnaya Raduga (1984), dont certaines parties remontent à 1972:

Toujours en URSS, il faut compter sur l'Estonien Sven Gründberg:

 

Italie

 

En Italie, je n'ai repéré comme disque valable non influencé par la disco que le mystérieux Elektriktus. Un album unique sous ce nom, dont on ne sait guère qui il cache:

 

Espagne

 

En Espagne, il faut compter sur le groupe Neuronium, emmené par un Belge. Les deux premiers albums sont vraiment très bons, même s'ils ne sont pas foncièrement originaux:

En 1981, le groupe s'est payé le luxe d'aller squatter chez Vangelis pour une séance d'improvisation. Le résultat est remarquable:

Je fais volontairement l'impasse sur Vangelis, d'ailleurs: s'il a beaucoup oeuvré dans le domaine de la musique électronique, son oeuvre s'enrichit aussi par l'usage de nombreux instruments traditionnels. 

 

Angleterre

En Angleterre, si l'on excepte Brian Eno, fasciné par le krautrock au point d'emmener avec lui David Bowie explorer ces terres étranges, il y eut Tim Blake, clavier du groupe Hawkwind, et qui a sortit sous son nom ou sous celui de Crystal Machine, des choses pas mal du tout:

 

Australie

Dans le même genre, il faut compter le groupe australien Cybotron, dont les deux premiers albums studio, inégaux, contiennent cependant nombre de très bons morceaux:

 

France

Finissons par la France. Ici, il s'est trouvé un musicien pour tout écraser, au point de faire oublier les autres: Jean-Michel Jarre. Il est de bon ton aujourd'hui de se moquer de lui. C'est mérité, vu ses oeuvres des dernières années. Mais ses trois premiers vrais albums sont incontestablement des chefs d'oeuvres:

Mais il y en eut bien d'autres, plus ou moins éphémères.

Didier Bocquet a été un temps considéré comme un Schulze français:

Il y a eu aussi Olivier Roy:

Philippe Guerre:

Zanov, et trois albums plutôt intéressants:

Ou le formidable album de Dominique Guiot:

 

Allez, c'est tout. J'en oublie plein. Mais il ne s'agissait là que de montrer mes préférés.

14:28 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0)

26/03/2016

Thomas Day - Dragon

belial139-2016.jpgLe Belial a lancé une toute nouvelle collection qui ne peut que me remplir d'aise: "Une heure lumière", avec pour principe publier des textes ni courts, ni longs, des novellas, pour reprendre un terme venu d'anglo-saxonie, bref, le plus souvent ce qu'on appelait encore roman il n'y a pas plus de trente ans, avant que les auteurs ne se mettent à délayer à outrance. Mais là, donc, 150 p., supposées lues en une heure. En vérité, il m'a fallu un petit peu plus que ça, mais peu importe. 

Ça fait longtemps que je suis la carrière d'écrivain de Thomas Day, un formidable auteur de nouvelles. Ses Sept secondes pour devenir un aigle, par exemple, est probablement l'un des meilleurs recueils de SF francophone publié depuis longtemps. Il va sans dire que pour ces deux raisons, la brièveté volontaire et l'auteur, je me suis précipité sur ce Dragon...

... lequel est du Thomas Day dans toute sa splendeur. D'abord par ce retour en Asie, un continent que l'auteur aime explorer. Ensuite parce qu'une fois encore, il nous plonge dans une noirceur impressionnante. L'action se passe à Bangkok, dans un futur indéterminé, mais qui importe peu tant les arguments science-fictionnels sont quasi-inexistants. Un tueur en série s'attaque aux pédophiles, venus en touriste, et aux proxénètes des bordels pour enfants semi-clandestins. Un flic, qui passe son temps à errer dans le quartier gay à la recherche de la parfaite ladyboy, une créature illusoire ni homme ni femme mais les deux, est chargé de l'enquête. Une enquête qui doit se faire en toute discrétion, le tueur étant d'ailleurs supposé disparaître sans passer par la case procès. Du foutre, du sang, du Day. Un Day d'un efficacité redoutable: on tourne les pages sans s'arrêter, en se passionnant pour un récit découpé en chapitre plus ou moins longs (certains ne dépassent pas trois lignes). 

C'est donc a priori une réussite. Le hic est que j'ai eu la furieuse impression de relire La Cité des crânes, du même auteur, déjà au Belial. Bien sûr l'histoire n'est pas la même. Mais le cheminement du héros, du milieu de la prostitution à un lieu mystique en pleine jungle presque similaire, à ceci près qu'il n'y avait pas d'enquête dans le précédent roman. Bref, ce n'est pas tout à fait neuf. Mais c'est remarquablement fait.

Leigh Brackett - Les Hommes stellaires

MasqSF008.jpgJ'adore Leigh Brackett. Je l'ai déjà dit ici et ici, par exemple. Mais il y avait un court roman que je n'avais pas encore lu d'elle, Les Hommes stellaires, datant de 1952. La chose a été traduite deux fois en français, et mon choix s'est porté sur la version parue au Masque en 1974.

Michael Trehearne est a priori un humain comme les autres. Mais lorsqu'il fait la rencontre d'extraterrestres venus discrètement sur Terre, il se rend compte qu'il est l'un d'eux. Ou plutôt le descendant de l'un d'eux. Dans quelles circonstances ses ancêtres ou parents sont arrivés là, on ne le saura pas vraiment puisque hop: Trehearne est embarqué par ces ET, et il ne reverra plus jamais la Terre. Il se trouve que les ET en question sont des Vardda, le seul peuple de la galaxie a avoir pu bénéficier d'une mutation artificiel permettant de voyager d'une étoile à l'autre, une mutation créée par un savant déclaré par la suite hors la loi et disparu depuis un millénaire. Les Vardda servent depuis de commerçants interstellaires, seul lien qu'ils sont entre les mondes. Mais leur richesse ainsi acquise choque les derniers humanistes subsistants, qui rêvent de retrouver le secret du savant et de le dévoiler à la galaxie entière. C'est d'autant plus nécessaire que les autres peuples envient jusqu'à haïr les Vardda.

J'attendais sur space opera pulp, j'ai eu le droit à un pensum poussif sur l'amitié entre les peuples. En soi, ce n'est pas inintéressant, mais ce petit roman peine à convaincre, partant du principe que le vol interstellaire, c'est comme le vol ultrasonique: il faudrait un physique particulier pour aller plus vite que la lumière. Déjà, ça ne tient pas debout. Mais au delà de ce problème scientifique même pas crédible lors de la publication originelle du roman, la construction elle-même est maladroite, avec un fort long voyage commercial supposé nous faire découvrir les autres peuples de la galaxie, mais qui peine à être autre chose qu'un long délayage. 

Vite lu, vite remis au fond d'un carton.