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10/11/2010

Rozz Williams et Gitane Demone - Sweet Home Heartache

Allez, on continue dans la musique en attendant d'avoir un bon livre à se mettre sous la dent, avec un album peu connu, tant du grand public (évidemment) que même des amateurs de goth rock, à savoir Sweet Home Heartache, de Rozz Williams et Gitane Demone, deux anciens de Christian Death, sorti en 1995 et se plaçant, d'un point de vue musical, carrément à contre courant de ce que chacun des deux a pu faire auparavant. Un album qui sent le cabaret. Enfin, un cabaret de vampires quand même...

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Tout commence par une reprise de Roxy Music, In Every Dream Home a Heartache. De ce morceau déjà lanscinant dans sa version originale, Rozz Williams et Gitane Demone font un poème funéraire: Williams déclamant le texte sur un fond d'orgue accompagné de quelques vocalises de Demone. Une belle prestation conclue un déchaînement de la chanteuse. Ce titre offre, par son ambiance lourde, poisseuse, une bonne mise en bouche.

Le titre suivant, This Vulnerable Eyes, interprété par Gitane Demone, est tout de même plus en accord avec la pochette: nous sommes bien dans un cabaret délicieusement rétro. Ca n'est pas extraordinairement novateur, mais c'est superbement interprété, et on se surprend à frissonner un peu.

The Pope's Egg Hat en offre la continuation logique, même si l'on rejoint le style de In Every Dream..., avec ce poème dit par Williams et les vocalises de Demone, cette fois-ci accompagnés d'un piano. Romantique à souhait.

S'ensuit une surprenante reprise d'Hendrix, Manic Depression, cette fois-ci là encore en mode funèbre. La sauce ne prend pas vraiment, par contre: Gitane Demone en fait des tonnes avec son tremolo. L'ensemble est poseur, maniéré, peu naturel.

Et l'on arrive enfin au vrai chef-d'oeuvre de l'album, Flowers, une petite merveille de romantisme aux arrangements tous simples. Cette chanson avait été auparavant rodée en concert avec le groupe d'alors de Williams, Daucus Karota. Ici, si Williams n'a quasiment rien changé à sa chanson dans sa structure, on appréciera que l'accompagnement se soit réduit à un piano et un orgue, un minimalisme qui colle bien mieux au texte. Dans sa version "Daucus Karota", elle sonne beaucoup comme du Bowie du début de la fin des années 60. Avec cette nouvelle version, qui sera d'ailleurs interprétée de la même manière lors de la tournée européenne qui suivit, elle se fait intemporelle.

On revient au cabaret sombre avec A World Apart, jolie chanson d'ambiance de fin de siècle, un beau double duo: deux chanteurs, deux accordéons, nous offrant une ritournelle fort sympathique.

Moon Without A Tear, de Gitane Demone, sous des dehors charmants, offre par contre les mêmes défauts que la reprise d'Hendrix: c'est posé, un brin artificiel. Sympathique au départ, mais vite lassant. Par chance, elle ne dure que 2:25...

Et pour conclure ce trop court album, Rozz Williams nous offre une nouvelle version, courte et destructurée, de In Every Dream Home A Heartache, façon Premature Ejaculation.

 

Comment? Vous ne connaissez pas Premature Ejaculation?

Il faudra que je vous en parle un jour.

En attendant courrez donc vous procurer Dream Home Heartache. On peut facilement l'avoir pour une misère sur internet.

16:39 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0)

08/11/2010

Faux airs - 1

Qu'est-ce que "Faux airs"? Simplement une catégorie dans laquelle je rangerai par paires des morceaux musicaux qui ne se doivent rien et qui pourtant présentent à mes oreilles une parenté certaine, sans qu'on puisse parler de plagiat ni d'influence directe.Bref, un jeu de l'esprit gratuit, mais qui me permet d'enchaîner les écoutes musicales.

 

Vous ne comprenez pas vraiment? Alors on commence maintenant.

Avec:

Vangelis, Flamants Roses, dans L'Opéra Sauvage (1979)

et

Björk, Pagan Poetry, dans Vespertine (2001).

 

Qu'en pensez-vous?

22:08 Publié dans Faux airs, Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vangelis, bjork

07/11/2010

Recoil - Bloodline

En 1991, lorsque Recoil, alias Alan Wilder, qui fait encore partie du groupe Depeche Mode, publie l'album Bloodline, il n'est alors connu que pour un maxi (1 + 2, 1986) et un album (Hydrology, 1988), deux titres farcis de longs intrumentaux qui sont autant de laboratoires sonores pour les chansons de DM. On y reconnaît aisément certains samples employés notamment dans Construction Time Again.

Mais Recoil s'est voulu plus ambitieux pour Bloodline. Le problème est que, n'étant pas lui-même chanteur (même s'il a souvent assuré comme choriste avec Martin Gore), et alors qu'il s'est piqué de composer des chansons, il lui a fallu inviter du monde. Du beau monde. Pour finalement utiliser un concept que non seulement il remprendra pour ses productions à venir, mais qui sera exploité par bien d'autres, celui de l'album où chaque chanson est coécrite par un interprète différent.

 

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Du beau monde, donc, à commencer par Douglas Mc Carthy, chanteur de Nitzer Ebb, groupe d'EBM anglais dont Wilder venait de produire le dernier album; mais aussi Toni Halliday, ancienne chanteuse de State of Play et un jeune DJ encore peu connu, Moby.

Bloodline sera donc la somme de tous ces talents, des talents divers, le résultat ne tenant qu'en l'équilibre apporté entre ceux-ci.

L'album commence donc par Faith Healer, un titre qui sonne très Nitzer Ebb: normal, l'interprète étant Douglas Mc Carthy. On peut ne pas accrocher à la voix de celui-ci, ni aux paroles pas forcément très fines; il n'empêche, le titre à la pêche et offre une bonne ouverture.

Electro Blues for Bukka White inaugure quelque chose d'inédit à l'époque: Wilder a carrément ressuscité un mort, le bluesman Bukka White, en samplant un de ses titres et en y plaquant son propre univers musical. Le résultat, surprenant, est simplement grandiose, hypnotique. Wilder y reviendra huit ans plus tard avec une version allongée, presque planante.

Avec The Defector, Wilder flirte avec un électro-indus plus banal, mais réussi.

Passons à la face B. Oui, me dire: c'est un CD, et pourtant, la différence en faces est sensible encore...

Avec Edge of Life et la première intervention de Toni Halliday, on change carrément de registre. La musique, toujours noire d'ambiance, se teinte de moiteur, d'une chaleur sourde, pesante. Entre la voix éthérée de Toni Halliday, et une rythme lourde, martelée, nous sommes carrément invités à replonger dans une sorte d'hypnose.

Aussi étrange que cela puisse paraître, Curse, interprétée par Moby, tout en étant un rap (ou plutôt slam), en est le parfait prolongement. Là encore, l'ambiance est lourde et chaude. Et paradoxalement, ce titre est l'un des points forts de l'album, par sa fusion parfaite entre ce rap au flow étrange, et les arrangements d'Alan Wilder.

Bloodline voit le retour de Toni Halliday au chant, avec la même recette que pour Edge of Life. Une chanson orgasmique, comme Recoil sera capable d'en produire bien d'autres plus tard. Notons là encore toutefois l'influence importante de Nitzer Ebb. Après un début enflammé, rythmique martiale et thème épique, on passe à une plage de repos, basée sur des sons et des samples qui seront largement recyclés dans Songs of Faith and Devotion de Depeche Mode, avant de s'enflamer à nouveau. 

Avec Freeze, le titre qui conclut l'album, Alan Wilder se ressource et revient à la musique instrumentale. Basé sur une série d'arpèges au piano, Freeze offre aussi une parenté certaine avec certains instrumentaux de Depeche Mode comme Pimpf ou St. Jarna.

Au final Bloodline se présente comme une sorte de patchwork d'influences et de talents d'origines très diverses et qu'Alan Wilder a su orchestrer avec brio. Son talent de producteur et d'ingénieur du son s'y confirme, et surtout son génie à poser des ambiances, à donner une dimension presque tactile à sa musique, apparaît avec éclat.

Bloodline n'est pas un album très connu, en dehors des fans de Depeche Mode. Et pourtant, il reste un titre majeur en ce sens qu'il a ouvert la voie à nombre de projets similaires qui ont connu, eux, un succès important auprès du grand public. Qu'on songe à Moby, qui reprendra à tour de bras, sur son album Play, l'idée de réorchestrer de vielles chanteuses de blues sur des rythmes électroniques. Qu'on songe aussi à Toni Halliday, qui, dès 1992, lancera avec Dean Garcia le groupe Curve: là encore, la parenté avec les deux titres que Halliday a co-composés pour Bloodline est naturelle.

Mais il est possible aussi d'aller chercher son influence ailleurs, et notamment auprès d'un groupe qui quelques années après connaîtra un succès massif, en reprenant pourtant le même concept d'album: Massive Attack. Que serait l'album Mezzanine sans Bloodline, de Recoil?

 

 

 

 

16:28 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0)