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25/12/2018

Jean et Doris Le May - La Chasse à l'impondérable

Lemay.jpgIl peut paraître curieux d'avoir lu tant de romans de Jean et Doris Le May, au point d'avoir participé à un ouvrage collectif en leur honneur, de finalement n'avoir jamais lu la première de leurs œuvres, La Chasse à l'impondérable, parue en 1966. C'est pourtant bien le cas, et il était temps de rattraper cette erreur.

La Fédération unit des centaines de mondes parfois très différents. Certains d'entre eux sont plus ouverts à la criminalité que d'autres. Mais l'agence Interco, basée à Marslovsk, veille. Quand deux physiciens, qui viennent de découvrir sur la planète Éthéra un nouvel élément dont l'existence n'était jusqu'ici qu'hypothétique, le gravidium, disparaissent, Interco lance à leur recherche cinq de ses agents, qui vont devoir d'abord se familiariser avec Éthéra avant de poursuivre l'enquête au cœur de ses jungles radioactives.

La Chasse à l'impondérable ne possède pas encore le charme poétique qui fait tout l'intérêt des meilleurs romans des Le May. Mais on peut noter qu'il s'y trouver déjà tout de leur univers, celui d'Interco et de ses agents qui travaillent non pas par paire, mais par couple, les sentiments occupant une place prépondérante dans leurs relations. Sur le fond, il s'agit bien d'un space opera classique, on peut même dire très pulp. Mais il jette les bases d'une œuvre cohérente, solide. Et pour bien faire, ça se lit tout seul, avec plaisir. 

01/12/2018

Peter Randa - L'Enjeu galactique

Randa.jpgIl y a quelques années, Roland Wagnerdéfendait l’idée quePeter Randa, à la différence de son tâcheron de fils, était un véritable écrivain. Ce que j’ai eu alors bien du mal à croire. Il faut dire que lorsque j’avais vingt ans, j’ai eu le malheur de tomber sur un livre de cet auteur qui sentait bon (sic!) le fascisme, et qui m’avait semblé écrit avec les pieds.

Et voilà que je découvre un autre des romans de Peter Randa dans une boîte à livre. Je me suis alors souvenu des propos de Roland. La chose ne coûtant rien, et le livre étant assez court, qu’à cela ne tienne, vérifions.

Voici donc L’Enjeu galactique.

La loi est sévère au sein de l’Empire : tout criminel est placé à bord du arche, et quand celle-ci est pleine, on l’expédie dans l’espace, sans gardiens à bord, mais sans espoirs de retour, ni même celui de fonder quelque part une colonie (les rares femmes à bord ont été stérilisées). Or Lescart, le héros de cette histoire, est considéré comme un criminel, et des plus dangereux. Mais il est sauvé in extremis par un colonel de l’armée, qui le choisit pour être l’objet d’une expérience ultra-secrète : il sera envoyé sur un monde dont l’atmosphère est toxique, afin de servir de cobaye pour un sérum qui permettra aux hommes de s’installer sur cette planète. Lescart accepte, et comme il s’agit d’une infraction à la loi, on simule une évasion avant de l’emmener sur Debena, où les choses ne vont évidemment pas se passer comme prévu.

Force est de reconnaître au terme de cette lecture ultra-rapide, que Roland Wagner avait raison : Peter Randa sait écrire un roman, avec une trame solide, un sens des rebondissements. Il n’y a pas le moindre temps mort, pas de fil narratif interrompu : l’histoire est logique d’un bout à l’autre. Le style ? Quel style ? Randa utilise des phrases courtes, les plus simples possibles. Il ne s’embarrasse pas de descriptions et les dialogues vont à l’essentiel : sur ce plan là, il vaut bien un Bernard Werber, l’imbécilité en moins. Et du coup, c’est un roman qui se lit comme du pulp à la papa, du Capitaine Futur, mais sans le talent d’Edmond Hamilton pour les univers flamboyants. Randa est un auteur populaire efficace, rien de plus.

Reste les idées. L’Enjeu galactiqueest un roman colonial, mais dans l’espace. Les indigènes sont forcément dangereux, et au moindre geste hostile, on tire à vue. Les femmes sont juste bonnes à tomber amoureuses du héros. Et si par malheur l’une d’elles est violée, et mise enceinte par le méchant de l’histoire, ça n’est pas bien grave : elle s’y fera, aimera son enfant, et finira bien aussi par aimer le père !

Bref, ça se lit, mais faut-il le lire ?

Non.

Serge Lehman - Aucune étoile aussi lointaine

Lehman.jpgIl y a des livres comme ça, qu’on a envie de cacher. Trop souvent des livres de SF, comme Aucune étoile aussi lointaine, deSerge Lehman. La raison ? Une illustration de couverture hideuse, ici fort heureusement anonyme. C’est un éternel débat, dans le petit monde de la SF, mais finalement, on apprend assez rapidement à ne plus du tout faire attention à la couverture, à fermer pudiquement les yeux.

Et c’est tant mieux, car il serait malheureux de passer à côté d’un roman comme celui-là.

Un très lointain futur. L’humanité s’est répandue dans la galaxie, et s’est intégrée au vaste système politique qui s’y est implantée : l’Omnium. Durant des millénaires, les liaisons entre les mondes et les espèces (Serge Lehman emploie le beau terme de «nation» plutôt que «race») ont été maintenues grâces à des vaisseaux. Mais voilà que l’on commence à installer sur chaque monde des toboggans, des portails qui permettent de se rendre d’un endroit à l’autre sans le moindre effort. C’est la fin des nautes et de toute la culture qu’ils représentent.

Cela ne fait pas l’affaire d’Arkadih, un adolescent, héritier de la dynastie dominante d’un monde marginal, élevé depuis l’enfance pour devenir un naute. Du jour où le toboggan est installé sur sa planète, il comprend qu’il n’a plus sa place dans cette civilisation. Mais voilà que, guidé par une mystérieuse voix, il redécouvre le vaisseau du fondateur de sa dynastie, un engin énorme, et intelligent, qui va lui promettre une aventure qui inscrira son nom dans la légende des nautes.

Raconté comme cela, Aucune étoile aussi lointainepourrait passer pour un roman de littérature jeunesse, un énième récit initiatique d’adolescent. Or il n’en est rien. Certes, initiation il y a, mais Serge Lehman va lui faire prendre un tour inattendu : le fabuleux vaisseau d’Arkadih va devoir en effet naviguer en vitesse subluminique. Arkadih va rester jeune, tandis que tous ceux qu’il a connu vont vieillir, puis mourir, au fur et à mesure que lui-même va explorer des mondes.

La narration, qui peut sembler linéaire, est entrecoupée de fragments d’un récit cosmogonique dont on ne comprend les enjeux qu’à la fin. Et cette fin est vertigineuse. Serge Lehman a défendu bec et ongles que la SF est un genre particulièrement propice à la métaphysique : il le prouve avec ce roman somptueux, servi par une belle langue. Il y a dans son univers quelque chose du Hyperionde Dan Simmons et du Cycle de l’Élévationde David Brin, mais en plus ramassé, sans digressions inutiles. Aucune étoile aussi lointaineest un beau roman. C’est hélas le dernier de l’auteur.