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20/05/2011

Serge Lehman - Le Haut-Lieu et autres espaces inhabitables

Étrange bouquin que celui-là. Mise bout à bout de diverses nouvelles piochées au sein d'une bibliographie abondante, Le Haut-Lieu et autres espaces inhabitables (2008, Denoël, "Lunes d'Encre"), de Serge Lehman, possède pourtant une cohérence remarquable: il n'y est question en général que des angoisses d'un homme et de la transformation induite de sa perception de l'univers. Je sais qu'il est bien dommage de commencer une critique de recueil par ce qui semble en être le lien, mais je ne vois pas comment faire autrement.

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Le Haut-Lieu est donc un livre étonnant. Pourquoi?
Peut-être déjà parce qu'il est du genre à faire fuir les amateurs de space opera pétaradants et de fantasy au kilomètre. Le type même de la bête rare chez les grands éditeurs de nos jours. On se demande même bien d'ailleurs, à quel genre peuvent donc appartenir ces six textes? Ni la science-fiction, ni clairement le fantastique. Et pour cause, puisque le premier nom qui vient à l'esprit à la lecture de ces textes est celui de Jorge Luis Borges. Et chez les modernes, peut-être Kelly Link (comme par hasard au catalogue du même éditeur). Les univers qu'explorent les six héros de ce livre (si tant est qu'on puisse les appeler ainsi) peuvent être aussi bien extrêmement intimes (Le Haut-Lieu, cet appartement si étrange qui se pétrifie et diminue petit à petit son espace habitable) qu'universels (La Régulation de Richard Mars, personnage à la fois homme, dieu et "rat"). Mais ils ont en commun le fait d'être tout autant familiers du lecteurs qu'étranges, déstabilisants. Une étrangeté qui génère une certaine froideur, une distance qui bloque toute empathie. On peine à s'identifier aux personnages. Sans doute n'est-ce pas non plus nécessaire. Je ne sais pas. Je suis perdu. Un peu comme ces archivistes d'un univers parallèles qui exploitent des mines remplies de nos oeuvres d'art (Superscience).
Alors quoi? Est-ce mauvais, ce Haut-Lieu? Oh, que non. C'est puissant. Déconcertant mais puissant. Peu d'auteurs peuvent développer de nos jours des choses aussi ambiguës, jouant sur les paradoxes. Peu d'auteurs peuvent créer avec des mots des images aussi étranges que celles du Gouffre au chimères (où la vie d'un homme apparaît sous l'aspect d'une bibliothèque qui emplit sa maison) ou que celles d'Origami (où comment faire plier l'univers à la manière d'un origami par une vingtaine de pseudo-clones d'un même savant). Au final, la seule chose qui empêche d'être pleinement satisfait de ce recueil reste la nouvelle, heureusement courte La Chasse aux ombres molles, qui n'est qu'une bonne blague, sans plus, sur le monde de l'entreprise, clairement en-dessous des autres textes.

 

Ah, et vous ai-je dit que la couverture de Daylon est formidable? Non?

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